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Les frigos

Les frigos

France, Ile de France, Paris

Les Frigos :un dossier brûlant ! Le 91 quai de la gare Autrefois situés au 91 quai de la gare, dans le 13ème arrondissement de Paris, les Frigos portent aujourd’hui une nouvelle adresse. En effet depuis les premiers travaux pour l’aménagement de la ZAC Paris-Rive Gauche, le quai a été rebaptisé Panhard et Levassor en hommage à l’industrie automobile locale. Ce quai qui existait déjà en 1670 devint plus tard une section de la route nationale n°19, puis de la départementale n°22. Cette dénomination est celle d’une gare d’eau qui aurait dû servir à abriter les bateaux, si elle avait été construite. Sa construction commença en 1764. Le n° 91 se situait alors au débouché de la rue Picard, aboutissant dans la rue du Chevaleret. Une gare frigorifique Mais la véritable histoire du 91 quai de la gare (les Frigos) commence en fait, juste après la première guerre mondiale. Paris, comme le reste de la France, sort tout juste de la guerre et il faut réapprovisionner les Halles, en produits frais. La Compagnie Ferroviaire de Paris-Orléans entreprend alors la construction des Frigos. La gare frigorifique de Paris-Ivry sera achevée en 1921. Les Frigos et les Grands Moulins, situés prés du terminal ferroviaire, donnent alors au quartier une vocation nourricière. Malheureusement la destruction des Halles dans les années 1960 et l’ouverture du marché de Rungis entraînent la fermeture irrémédiable des Frigos. Ceux-ci seront laissés à l’abandon jusqu’en 1980. Des artistes dans les Frigos La SNCF, propriétaire des lieux met alors en location un premier lot de quinze espaces. Les premiers artistes investissent les lieux, malgré l’état sinistré et insalubre de la friche. Cinq ans plus tard, après accord de la SNCF une agence immobilière décide de prendre en charge ce patrimoine, autrement voué à la destruction. L’agence décide alors de faire repeindre les murs en blanc, anéantissant ainsi un grand nombre de graffs et de peintures murales réalisées par les 1er locataires. Très rapidement le reste des locaux se peuple d’un grand nombre d’artistes, d’artisans et d’associations. Et chacun paie un loyer proportionnel à la surface de son espace comme peuvent le faire les locataires d’un appartement. Mais, contrairement à la plupart des locataires qui bénéficient d’un bail de 3 ans renouvelable, les habitants des Frigos doivent signer une convention d’occupation précaire qu’ils doivent renouveler tous les ans. Ainsi ils sont toujours dans l’attente de savoir si leur bail sera renouvelé l’année suivante. En revanche, chacun est libre d’aménager son espace comme il le souhaite. Aucune contrainte n’est imposée par la SNCF, mis à part le règlement du loyer. Ainsi, certains choisissent d’y aménager un atelier ou une salle de répétitions, d’autres y installent leur bureau. Cependant, il ne faut pas croire que leur installation fut simple. Tout d’abord si les artistes se tournent de plus en plus vers les anciens sites industriels ce n’est pas une affaire de mode, ni même une affaire de goût. En fait, dans la plupart des grandes villes françaises et notamment à Paris, les artistes n’ont aucun espace leur permettant d’exercer leur art. On constante une pénurie croissante d’ateliers. Les maires sont submergés par les demandes et des artistes sans atelier se présentent chaque jour aux Frigos pour savoir si il ne resterait pas un espace à louer. Malheureusement la réponse est souvent négative car avec 90 ateliers et prés de 250 artistes, les Frigos affichent complet. Par ailleurs avant de pouvoir vivre de manière décente dans ces anciens frigos, il a fallu enlever les parpaings qui obstruaient certaines issues et aménager les espaces en fonction de leur destination future. Les plus optimistes ou les plus bricoleurs d’entre nous pourraient trouver l’opération facile si cette construction avait été conçue comme un immeuble locatif traditionnel. Mais n’oublions pas la fonction première des lieux qui nécessitait des murs épais (70 cm environ) pour une bonne isolation thermique. De plus, la structure est en brique et béton armé. Il est donc difficile d’établir des percées dans les murs pour y aménager des fenêtres ou de crever le plancher pour y faire passer des gaines électriques ou des conduites d’eau. Ainsi, chacune des personnes qui a pris part à ce chantier peut se féliciter d’avoir contribué à la reconversion et donc à la sauvegarde de ce lieu qui est aujourd’hui encore un des symboles du patrimoine industriel parisien. Toutefois, la conservation de cet édifice n’a pas toujours été aussi sûre qu’elle l’est aujourd’hui. Mode dégivrage automatique ! Quand les premiers artistes sont arrivés, les Frigos étaient la seule animation dans ce quartier, exempt de toutes activités culturelles ou de services. Puis petit à petit, les premiers immeubles ont vu le jour en même temps que la BNF plantait ses fondations dans un sous-sol inondé. A chaque nouvelle construction, les habitants des Frigos voyaient les étages augmenter et leur terrain diminuer. La ZAC Paris-Rive Gauche commençait à prendre son essor, étouffant les Frigos qui l’avaient vue naître. On parlait alors de détruire les Frigos car il est bien connu que l’art et les artistes ne servent à rien. On aurait alors eu plus de place pour construire quelque chose d’utile et de rentable. Ainsi en 1996, la SNCF sous la pression de la SEMAPA (Société d’Economie Mixte d’Aménagement de PAris) n’a pas hésité à faire détruire 4000 m² d’ateliers situés dans des bâtiments annexes des Frigos. Tout le monde semblait avoir oublié que sans les Frigos, le quartier n’aurait pas connu le même développement. En effet, la reconversion de cet espace industriel a fortement aidé à revitaliser ce quartier en lui redonnant notamment une image dynamique et un atout culturel. Grâce au travail de l’APLD 91 (Association Pour le Développement du 91 quai de la Gare) créée en 1992, certains projets de bureaux ont pu être stoppés. Par ailleurs, la mobilisation citoyenne autour des Frigos a permis de sauver ce bâtiment. Aujourd’hui la SEMAPA poursuit son aménagement. Les Frigos apparaissent d’ailleurs comme le nouveau pôle artistique du 13ème et l’université Paris 7 attend son transfert sur le site des Grands Moulins. Après plusieurs années de discussions, l’université de Paris 7 a enfin obtenu la surface qu’elle souhaitait : 230.000 m². En revanche une enquête publique remet en cause le projet d’aménagement de ces 230. 000 m². Prise de température ! Dés le 1er janvier 2004, la ville de Paris sera le nouveau propriétaire des lieux. Les Frigos feront alors l’objet d’une réhabilitation et de nouveaux baux seront signés entre les locataires des Frigos et la ville. Dépendants du Réseau Ferré de France depuis 2 ans, les résidents sont encore sous contrats d’occupations « temporaires ». Tous espèrent que le changement de propriétaire sera suivi d’une modification du bail. Malheureusement, ces contrats sont encore en discussion et la mairie ne semble pas vouloir revenir sur les propositions qu’elle a déjà faites. Pourtant, depuis juillet 2003 l’APLD 91 multiplie les réunions avec la ville pour obtenir entre autre un bail définitif. Ainsi, si la mairie ne modère pas ses propositions, les artistes refusant de céder sous la pression, la discussion sur les baux se poursuivra jusqu’à la signature d’un accord. La mairie prévoit d’ailleurs de faire un essai sur cinq ans avec ses nouveaux locataires avant d’établir des contrats définitifs. Par ailleurs, la DAC (Direction des Affaires Culturelles) de la ville de Paris prévoit de faire appel à un chargé de mission pour veiller au bon fonctionnement des Frigos. Ainsi le principe de partage d’ateliers, couramment utilisé par les occupants des Frigos risque fortement d’être remis en cause. Or les occupants tiennent beaucoup à ce principe qui aide les jeunes artistes en quête d’espace à démarrer en attendant de trouver leur propre atelier. Par ailleurs, cette formule leur permet de partager leur loyer au prorata de la surface concédée. Ainsi, les loyers peuvent être réglés en temps et en heure. Ce système ayant toujours bien fonctionné, il n’y a aucune raison valable pour que le nouveau propriétaire s’y oppose. De plus, la réhabilitation du lieu risque de faire accroître les loyers. Certains seraient donc contraints de partir. Toutefois, chacun est libre de demander des aides à titre individuel. En revanche, l’APLD 91 continuera de refuser les subventions collectives pour conserver sa liberté. De plus, si la DAC gère les Frigos, les artistes ou artisans, demandeurs d’ateliers pourraient être choisis en fonction de leur création, de leur projet. C’est pourquoi, un comité de discussion sera mis en place. En effet, les occupants des Frigos ne veulent pas être exclus de l’organe décisionnel, d’une part parce qu’ils ont fait leurs preuves en permettant aux Frigos de fonctionner jusqu’à présent et d’autre part parce qu’ils sont les géniteurs de cet espace. Ainsi, lorsque un ou plusieurs ateliers seront laissés vacants, la ville, le délégataire, le syndic et plusieurs représentants des Frigos se réuniront et discuteront au cas par cas pour choisir les futurs locataires. De nouveaux compartiments ! Enfin, comme promis, la mairie doit restituer les 4000 m² d’ateliers détruits. Mais les discussions sont toujours en cours car les artistes attendent que cette surface leur soit restituée en un seul bloc et non sous forme d’un chapelet. L’APLD 91 souhaite un ensemble cohérent, respectueux pour le bâti existant et tout aussi fonctionnel que les Frigos. Ce nouveau bâtiment devra bien évidemment se trouver à côté des Frigos pour permettre une communication et une entraide plus aisée entre les artistes. Enfin, les occupants souhaitent être acteurs de ce projet de construction car sans eux les Frigos et le projet artistique porté par ses occupants n’existeraient pas. C’est pourquoi, l’APLD 91 a toujours proposé des projets de construction. Dans un premier temps, les occupants des Frigos ont proposé de reconstruire ces ateliers sur le terrain des anciens ateliers, autrefois situés au nord de la friche. Malheureusement l’investisseur immobilier, Holloway avait déjà signé un contrat avec la municipalité sortante et les fondations de l’immeuble allaient bientôt voir le jour. Ainsi, dans cette guerre des tranchées, les Frigos ont perdu les terrains situés au nord. Pourtant, le 11 novembre 2000, alors que le chantier commence à peine, 14 associations dont Tam-Tam, Droit Devant, ATTAC et bien d’autres appellent à une fête populaire intitulée « Ca germe dans le béton ! ». Un arbuste symbolique sera planté pour l’occasion. Cette fête permet également aux habitants et aux élus présents de découvrir la musique Jazz dans toute sa splendeur. Les Frigos rendent ainsi hommage à leurs premiers locataires : les artistes de Jazz. Face à ce premier échec, les locataires et l’APLD 91 proposent de construire les ateliers sur un terrain, situé au sud des Frigos. Mais leur projet doit alors faire face aux prémices du projet Berger. La mairie du 13ème propose alors aux artistes un terrain inférieur aux 4000 m² initialement prévus qui complétera les quatre ateliers situés au rez-de-chaussée de l’immeuble Berger. Mais les artistes s’y opposent car cet essaimage risque de mettre à mal la cohérence d’ensemble des Frigos. De plus, l’immeuble du projet Berger est jugé trop haut et surtout, trop prés des Frigos. Il risque donc d’étouffer le site des Frigos, sans aucun respect pour son histoire ni pour ses habitants. Pour témoigner de sa bonne volonté, l’APLD 91 soumet une maquette d’architecte à l’Hôtel de ville. Elle espère ainsi que la discussion autour du projet initial pourra être reprise, là où elle avait été abandonnée. Briser la glace ! Aujourd’hui, l’APLD 91 et l’ensemble des locataires des Frigos demandent que les réunions soient à nouveau publiques. Tous les habitants du quartier doivent être informés de l’avenir des Frigos et du développement de la ZAC. Le fait de régler cette affaire en huis clos est perçu comme une trahison par les premiers habitants de cette ZAC. Les occupants des Frigos aimeraient que ce qu’ils ont pu faire pour cet arrondissement soit reconnu et respecté. Ainsi, pour permettre une ouverture des Frigos au public, il faudrait que le site présente d’une part une certaine unité et d’autre par une voie de circulation et un espace public. Jusqu’à présent si les ateliers sont ouverts au public deux fois par ans, pour les journées portes ouvertes c’est grâce à la disponibilité des artistes et de l’APLD 91. Chacun investie de son temps de travail dans la préparation de ces journées. Sans cette bonne volonté, le développement artistique et culturel du quartier n’aurait pas été le même. Ainsi, la mairie doit reconnaître la bonne volonté des artistes pour assurer le développement de ce quartier. Elle ne doit pas régenter le développement des Frigos sans considérer le travail effectué par ses occupants, qu’ils soient artistes ou artisans. De plus, le contrôle de la DAC risque d’entraîner une certaine perte de liberté. Or l’APLD 91 et les artistes s’opposent à l’animation culturelle systématique et refusent d’avoir à subir des événements artistiques et culturels imposés par la ville. Ils ne veulent en aucun cas être intégrés à la politique culturelle de la ville. En revanche, ils sont pour un travail en collaboration avec la mairie. Mais chaque proposition devra faire l’objet d’une discussion aboutissant sur un accord. Ainsi, vingt ans après les premiers états d’âmes artistiques des Frigos, dans les années 1980, les convoitises pour acquérir ce site très intéressant sont toujours d’actualité. Passant de main en main, ce site survit essentiellement grâce au courage et à la persévérance de ses locataires. En effet, malgré l’échec de la bataille avec Holloway, les Frigos ont remporté quelques victoires : annulation du projet de destruction et suspension du projet Berger. Se pose désormais la question de la gestion future de l’établissement. Par ailleurs, les occupants attendent de savoir comment seront prises en compte leurs demandes pour construire les nouvelles entités.

Date de la photo: 2003

Auteur: lullaby (poupinette.lullaby@wanadoo.fr)